De l’argent liquide à la mobilité intelligente : pourquoi la refonte des transports en Algérie doit passer au numérique

Comment la billetterie et les paiements numériques peuvent transformer la réforme en fiabilité quotidienne pour les passagers algériens
Par Tokhir Abdukadyrov, Senior Vice President, Head of Digital Social and Infrastructure Solutions, O-CITY


Les transports publics occupent une place immense dans la vie quotidienne en Algérie. À Alger, l’ETUSA exploite près de 1 000 bus sur environ 150 lignes, tandis que le tramway et le métro transportent ensemble des centaines de milliers de passagers chaque jour, selon le rapport UITP MENA Transport Report 2025.

Les gens dépendent de ces systèmes, pourtant les tarifs sont encore largement payés en espèces. Les chauffeurs et contrôleurs manipulent des pièces et des billets en papier, les tickets papier restent courants et les opérateurs ont rarement une vision complète de la demande.

La dépendance au cash est profondément enracinée. Les services de bus ont longtemps fonctionné sur un modèle mixte, avec des opérateurs privés comblant les lacunes que le réseau public ne pouvait pas toujours couvrir. 

Cela a permis d’élargir l’accès, mais cela a aussi laissé les autorités face à la gestion d’un très grand nombre de véhicules et d’opérateurs aux niveaux variables de maintenance et de conformité, tandis que les responsabilités étaient réparties entre plusieurs institutions.

Au début des années 2000, Alger comptait plus de bus sur le papier, mais les usagers continuaient à subir des trajets surchargés et des horaires peu fiables. Les mesures récentes, incluant un durcissement des licences, de nouveaux plans de flotte et le retrait progressif des bus de plus de 30 ans, visent à rétablir l’ordre dans le système.

Rattraper le retard sur le cash
La numérisation commence à apparaître parallèlement à ces réformes. L’ETUSA a introduit en 2024 le renouvellement en ligne des abonnements mensuels. La compagnie ferroviaire nationale SNTF a lancé la réservation électronique pour les trains grandes lignes. À Oran, l’opérateur de tramway Setram a déployé des tickets QR code que l’on peut acheter et valider sur son téléphone. Ces projets marquent des progrès, mais ils restent périphériques dans un réseau où le cash domine encore largement.

Le rapport annuel 2024 de la Banque d’Algérie permet de mesurer l’ampleur du défi et de l’opportunité. Plus de 85 % des transactions par carte étaient des retraits aux DAB, et la masse monétaire en circulation a augmenté de plus de 10 % d’une année sur l’autre. Pourtant, les paiements électroniques progressent rapidement : les transactions via terminaux POS ont augmenté de près de 40 % en volume et de 41 % en valeur entre 2023 et 2024. Les paiements en ligne ont bondi de 61 %, atteignant 51,9 milliards de dinars. La billetterie de transport fait partie des catégories à la croissance la plus rapide, avec des paiements en hausse de 104 % dès que les services en ligne ont été disponibles.
Selon l’Algérie Presse Service (APS), l’agence de presse officielle du pays, le gouverneur de la Banque d’Algérie a fixé un objectif clair : une économie sans cash d’ici 2028. La politique avance déjà dans cette direction. La loi de finances 2025 a interdit les paiements en espèces pour l’immobilier et les achats de luxe, tandis que les paiements mobiles via DZ MOB PAY ont traité plus de 434 milliards de dinars dès leur première année. Les transferts peer-to-peer ont plus que doublé en 2024, atteignant 503 milliards de dinars à travers 36 millions de transactions. Pourtant, les retraits aux DAB ont également augmenté, avec 197 millions d’opérations en 2024, ce qui montre à quel point le cash reste ancré dans la vie quotidienne.
Ces premiers projets numériques et ces tendances de paiement sont encourageants, mais ils restent largement isolés. Un portail d’abonnement bus ici, un site de réservation ferroviaire là, un QR code pour le tram dans une seule ville. Pour les passagers, cela signifie des règles et des canaux différents selon les trajets. Pour les opérateurs et les autorités publiques, cela signifie des données fragmentées et aucune vue d’ensemble de la mobilité sur le réseau.
Pourquoi l’intégration est essentielle
C’est là qu’interviennent les plateformes intégrées de billetterie et de paiement numériques. Plutôt que chaque mode de transport construise sa propre solution, une approche par plateforme repose sur une idée simple : offrir à chaque passager un compte unique qui fonctionne sur les bus, les trams et les trains. Ce compte peut être relié à l’instrument de paiement qui convient localement — cartes bancaires sans contact, codes QR, portefeuilles mobiles, cartes de transport rechargeables, voire rechargements en espèces via des agents. Le cash ne disparaît pas du jour au lendemain ; il est intégré au système de manière à produire des données et à soutenir la planification.
Pour les opérateurs, l’avantage est immédiat. Quand chaque validation, scan ou tap passe par la même plateforme, il devient beaucoup plus facile de voir quelles lignes sont les plus fréquentées, où se produisent les surcharges et quels horaires nécessitent plus de capacité. Les recettes peuvent être réparties plus équitablement entre les différents opérateurs, tandis que les passagers perçoivent le réseau comme un système unique plutôt qu’une série de services séparés.
Des leçons des marchés voisins
D’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique ont déjà opéré cette transition. En Arabie saoudite, SAPTCO a décidé de passer de systèmes on-premise à des systèmes basés sur le cloud. Il s’est appuyé sur l’expérience étendue d’O-CITY dans le cloud pour réussir cette transformation en un temps record et connecter 8 villes à son réseau, chaque ville bénéficiant désormais de paiements numériques sur les bus et d’une application mobile en marque blanche dédiée aux usagers. O-CITY soutient un système tarifaire unifié pour les bus, réduisant la manipulation d’espèces et offrant à l’autorité une vision plus claire de l’utilisation. En Égypte, la plateforme sous-tend la billetterie électronique pour le chemin de fer national ENR, ouvrant des options de réservation et de paiement numériques à des millions de passagers.
À Johannesburg, O-CITY a aidé à mettre de l’ordre dans un mélange de paiements bus et taxis, réduisant les fuites de recettes et améliorant la transparence. Aucun de ces contextes n’est identique à l’Algérie, mais ils partagent des caractéristiques familières : forte dépendance aux bus, grand volume de transactions de faible valeur et nécessité de travailler avec des opérateurs publics et privés.
O-CITY, développé par BPC, n’est pas une simple application mais une plateforme qui peut s’interfacer avec différents modes et canaux. Elle est conçue pour se connecter aux validateurs et portiques existants quand cela a du sens, pour supporter les QR codes, les cartes sans contact, les portefeuilles mobiles et les modèles d’agence bancaire, et pour fournir les données dont les planificateurs ont réellement besoin. Pour l’Algérie, l’intérêt réside dans la combinaison de cette expérience avec les exigences locales : interfaces en arabe et en français, prise en charge des cartes nationales, et intégration avec les systèmes de paiement nationaux et les schémas mobiles.
L’Algérie s’est fixé des objectifs ambitieux : une économie sans cash d’ici 2028 et un Alger entièrement « intelligent » d’ici 2035. Ces buts ne seront pas atteints d’un seul bond, ni par la technologie seule. Mais l’expérience d’autres villes montre que les tarifs numériques intégrés constituent l’un des moyens les plus efficaces de relier la politique à la vie quotidienne.
La demande existe : les paiements électroniques ont presque doublé en 2024, et la billetterie de transport fait partie des catégories à la croissance la plus rapide. Ce dont les opérateurs ont besoin désormais, ce sont les outils pour répondre à cette demande. Des plateformes comme O-CITY offrent cette capacité, transformant la réforme en quelque chose que les passagers ressentent non pas dans les documents officiels, mais dans la facilité de leurs trajets quotidiens.

Comments

Popular posts from this blog

Decade Later, Malam Fatori Residents Return Home, Urged to Embrace Lawful Life

Borno Teachers Protest Abduction of 42 Pupils, Demand Urgent Rescue

Police Retrieve ₦23m Lost Gold Coins at Malam Fatori‎